Dans un monde toujours plus impersonnel, où on n’est résumé qu’à être des numéros, où un coup de fil sur 2 se fait avec un répondeur automatique (« appuyez sur # » ), le besoin de
retrouver un statut d’être vivant, pensant et créant a (ré-)émergé.
Internet s’est tout naturellement emparé de ce besoin et a fourni les outils nécessaires.
Sont ainsi nés les blogs, les myspace, les flickr, les facebook, les forums…où chacun peut avoir une tribune publique et créer un dialogue dont il définit lui-même le sujet.
Il s’agit à chaque fois d’exposer sa vision des choses, de façon très dogmatique et prosélytiste, sur quelque sujet que ce soit. Du léger au très sérieux. On montre sa nouvelle voiture en
expliquant en quoi c’est la meilleure, on expose ses photos de coccinelles en les présentant comme des chef d’œuvres, on fait écouter ses solos de guitares en se prenant pour le nouveau Hendrix,
on donne son avis sur tel ou tel événement politique/économique/people en faisant fi des opinions des autres, on raconte sa dernière séance ciné en expliquant en quoi le film est un chef d’œuvre
ou un navet etc… Evidemment, puisque la finalité c’est de faire passer sa vision du sujet, la trait est forcé et tout est manichéen. Un film sera soit un chef d’œuvre soit un navet. Sur internet
le gris n’existe pas, tout est noir ou blanc.
Et à chaque fois de se croire quelqu’un d’influent. C’est là la nouveauté de ce système, qui met tout en œuvre pour faire passer le quidam lambda en un multi-spécialiste, lui laissant croire
qu'il a une importance capitale aux yeux des autres.
Aujourd’hui on peut voir la même personne donner des conseils très avisés sur un nouveau médicament aussi bien que sur la façon de changer des bougies de voitures, ou la méthode imparable pour
réussir une photo de coquelicot. Imagine-t’on aller questionner un astrophysicien sur des questions sportives ? C’est pourtant ce qui se passe tous les jours sur internet.
L’émergence des réseaux communautaires n’a fait qu’amplifier cette tendance, faisant croire à l’internaute qu’il était LE centre du réseau et donc par extension, le centre de la société. Les
blogs et sites tels facebook, myspace donnent l’illusion que tout gravite autour de sa propre page perso.
Il est vrai que le besoin de reconnaissance sociale est naturel et existe depuis la nuit des temps, il est lié à la notion même d’existence. Comment accepter sa vie sans se sentir unique ?
Mais si c’était concevable au sein d’un groupe restreint (amis, famille, collègues), c’en devient excessif quand tout s’étale aux yeux du monde entier comme c’est désormais le cas.
Il y a ce besoin d’étendre au maximum sa zone d’influence au-delà du cercle privé qui est agaçante. Se faire respecter et aimer de ses vrais proches, pour qui on éprouve un respect et une
empathie est déjà très difficile. Quelle est l’utilité d’essayer d’imposer ses idées à un inconnu par écran interposé, sinon celui de flatter son propre égo ?
C’est là tout le paradoxe, puisque sous prétexte de se sentir déshumanisé, on se créé un personnage qui ne réduit les autres qu’à de simples numéros/clones.
L’individualité ne peut exister qu’au sein du cercle privé. Il est vain d’essayer de l’imposer au monde entier, malgré ce qu’internet et plus particulièrement les acteurs du « web 2.0 »
tentent de nous faire croire.
Signé : barna@altern.org